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Mal logement et diabète : le cercle vicieux

30/01/2018 - 18:56

Rubrique : Dimension économique
Auteur : Bruno Detournay

"Les liens entre mal-logement et santé sont importants mais ils continuent à ne pas faire l’objet d’une attention suffisante dans les réponses apportées aux personnes."

 

La Fondation Abbé Pierre et d’autres associations l’affirment chaque année : le logement est une question de santé publique.

Les liens entre problème de logement et de santé sont évidents lorsque l’on se penche sur les conditions de vie et l’état de santé des personnes sans domicile quels que soient les modes d’hébergement proposés par les dispositifs publics (accueil d’urgence et de stabilisation, hébergement d’insertion, hôtels…). Il en va de même des ménages contraints d’habiter des logements insalubres ou trop dégradés.

En elle-même, la précarité est un facteur de risque de nombreuses maladies physiques ou mentales. Mais l’absence de logement stable offrant des garanties minimales de sécurité, d’hygiène, d’espace sans pour autant mobiliser une part trop importante des ressources est, en elle-même, un obstacle majeur à une prise en charge décente des questions de santé identifiées.

Comment traiter correctement des pathologies chroniques ou handicapantes dans des logements inadaptés ?

L’accès aux soins reste difficile pour les populations les plus précaires, malgré l’offre associative, le développement de structures et services dédiés et parfois la bonne volonté de professionnels de santé privés. Mais plus encore, ce sont les difficultés des acteurs de santé à prendre en compte les situations sociales qui se traduisent par des ruptures catastrophiques en matière de continuité des soins, en particulier en ce qui concerne les malades chroniques.

Pour ces derniers, des questions simples ne trouvent pas de réponse naturelle :

  • Comment éviter de perdre ou de me faire voler les médicaments qui m’ont été délivrés ?
  • Comment conserver dans des conditions adéquates le traitement dont je dois bénéficier ?
  • Comment assurer une alimentation et une hygiène conforme à mon état de santé ?

Les conséquences sont dramatiques : les renoncements aux soins sont fréquents, les traitements souvent abandonnés ou pris de manière aléatoire, les consignes les plus simples ne peuvent être suivies et les complications se multiplient.

L’étude de Keen et al. à paraître porte sur cette question cruciale de l’impact du mal-logement chez les patients diabétiques aux USA. Force est de constater que nombre des situations décrites dans cet article fondé sur une série d’interviews de personnes diabétiques mal logées ou sans-abris sont parfaitement transposables des Etats-Unis à notre pays. Elle met en lumière nombre de difficultés rencontrées par ces patients et en particulier leur incapacité à prioriser leur maladie dans leurs choix de vie face aux difficultés imposées par la question pourtant élémentaire du logement.

La prise en charge du diabète en situation de mal-logement ou d’absence de logement constitue ainsi un challenge qui ne peut sans doute pas être résolu si des mesures nouvelles ne sont pas prises pour offrir aux personnes atteintes de maladies chroniques un habitat décent.

Il y a sans doute là une condition essentielle pour assurer une efficience aux soins de santé délivrés à ces personnes, réduire des dépenses de santé et atteindre cet objectif d’équité dans l’accès aux soins de santé souvent mis en avant par nos responsables politiques comme par les professionnels de santé.
 


Références

Keen DE, Guo M, Murillo S. “That wasn't really a place to worry about diabetes”: Housing access and diabetes self-management among low-income adults. Social Science & Medicine 2018; 197:71–77

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