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De l’importance des analyses économiques régionales

04/12/2018 - 13:12

Rubrique : Dimension économique
Auteur : Bruno Detournay

"Une étude américaine des coûts attribuables au diabète montre la très grande variabilité de ces coûts selon les Etats et interpelle quant à l’intérêt des études nationales"

 

Shrestha et al. viennent de faire paraître, dans la revue Diabetes Care, une étude intéressante qui a cherché à établir le coût du diabète dans chaque état américain. La méthode utilisée correspond à une approche dite « descendante » (« top-down ») des coûts. Les auteurs ont estimé la part des coûts directs de santé attribuable au diabète pour 2017 en distinguant les patients selon qu’ils étaient institutionnalisés ou non. Le calcul des fractions attribuables a été conduit, chez les patients non institutionnalisés, par âge, sexe, type de payeurs (Medicare, Medicaid, autres) et par type de service puis appliqués aux coûts directs de santé projetés pour 2017 de chaque État américain en ajustant sur différents paramètres : âge, sexe, appartenance ethnique, niveau de pauvreté, d’éducation, recensement. Pour les patients institutionnalisés, une approche similaire a été conduite, en se basant cette fois sur la facturation des « Ressources Utilisation Groups » qui sont à la base de la tarification des séjours dans les maisons de santé pour personnes âgées aux États-Unis.

Certains coûts directs ont été exclus de l’analyse (par exemple les transports, les restes à charge pour les patients et leurs familles ou encore les dépenses de recherche) ou établis au niveau national et attribué par état sur la base de clé de répartition car les données n’étaient pas disponibles à l’échelle locale.

Les auteurs ont souhaité compléter leur analyse par la prise en compte des coûts indirects du diabète. Les coûts liés à la morbidité imputables au diabète ont été calculés en faisant la somme des coûts imputables au diabète liés à l'absentéisme, au présentéisme, aux pertes de productivité des ménages et aux incapacités de travail. L’absentéisme lié au diabète a été déterminé par âge, sexe, région puis appliqué à chaque état en contrôlant l’effet de variables démographiques et socio-économiques. La valorisation a été effectuée sur la base des salaires annuels divisés par 250 jours de travail. Le présentéisme (qui fait référence au fait de se rendre au travail alors que son état de santé empêche d’être pleinement productif) a été estimé sur la base de travaux antérieurs des auteurs à 6,6 % des journées effectivement travaillées chez les patients diabétiques. Les pertes de productivité des ménages qui consistent à considérer les incapacités à assurer des tâches de la vie quotidienne du fait de la maladie ont été également valorisées à partir des données d’une étude nationale ayant cherché à traduire monétairement ces activités puis appliqués localement. Enfin, les incapacités de travail et la mortalité attribuable ont été valorisés sur la base des revenus moyens journalier perdus et de la production des ménages pour l’accomplissement des tâches familiales.

Les résultats sont les suivants. La prévalence du diabète variait de 6,6 % à 14 % selon les états. La part des coûts directs médicaux attribuable au diabète chez les patients adultes a été estimée entre 5,8 % et 12,4 % selon les Etats les deux dimensions étant fortement corrélées (p < 0,001).

Les coûts annuels moyens médicaux par patient institutionnalisé ou non attribués au diabète variaient du simple au double selon les états (entre 6 591 US$ et 12 953 US$) de même que les coûts indirects (entre 4 036 US$ et 9 031 US$). Au total, les coûts les plus faibles étaient observés dans le Dakota du Sud (15 418 US$) et les plus élevés dans le District of Columbia (30 915 US$). Les coûts collectifs pour 2017 prenant en compte la prévalence du diabète étaient de seulement 694 millions US$ dans le Wyoming comparé aux 55 524 millions US$ en Californie.

En dépit de ses limites (qui mériteraient d’être plus discutées sur le plan méthodologique), cette étude est intéressante car elle illustre la diversité des situations rencontrées à l'échelle d’un pays. Prévalence et coûts directs comme indirects varient de manière très importante selon les zones géographiques considérées. Un tel constat pourrait sans nul doute être effectué de la même façon en France où l’on sait bien que la prévalence du diabète est plus élevée dans le Nord et l’Est du pays et où les pratiques et les coûts varient également de manière importante entre les régions.

Cette dimension régionale des questionnements économiques dans le domaine du diabète est trop souvent oubliée. Selon les auteurs de cet article, elle est pourtant très utile pour les décideurs politiques qui sont amenés à établir des plans de santé publique dans ce domaine.


Références

Shrestha SS, et al.
Economic costs attributable to diabetes in each U.S. state.
Diabetes Care 2018;41:2526-34

Lien vers l’article

doi.org/10.2337/dc18-1179

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